28 octobre 2006
Je vous aime
Pour ma déveine, quand je croise un jeune homme beau, j'ai sans doute le regard le plus triste du monde. Et j'en vois tous les jours. Et il faut être heureux.
En publiant cela, je pêche par excès de gravité. Les visages me passionnent, mais la tristesse vient à coup sûr que j'outrepasse le pouvoir des surfaces.
Le bonheur est désinvolte.
Ainsi la voix de Pollyanna sur mon portable coïncide avec le soleil, surgissant entre les nues. Pauline que je retrouve telle qu'avant, malgré notre dispute. La frimousse bien connue de Maxime, à l'improviste, dans un café où j'ai mes habitudes.
Virevolte, papillonne, vole au va-et-vient de la vie.
Les êtres que tu as aimés, ne serait-ce qu'un instant échappé, te sauveront pour l'éternité. Toutes les fois comme une première fois. Le bonheur est désinvolte.
"La Bête - retenue enchantée dans sa laideur - aime la Belle ; la Belle, évidement n'aime pas la Bête, mais, à la fin, vaincue (peu importe par quoi ; disons : par les entretiens qu'elle a avec la Bête), elle lui dit le mot magique : "Je vous aime, la Bête" ; et aussitôt, à travers la déchirure somptueuse d'un trait de harpe, un sujet nouveau apparaît." (Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.)
14 octobre 2006
Kiss my ass
Pardon d'être trivial. Mais il ne faut pas s'inquiéter pour moi. On laissera ce rôle à ma mère.
Je ne regrette pas d'avoir zappé, chose exceptionnelle et déraisonnable, le préservatif avec Maxime dans mon cul.
Je disais donc que je ne suis pas amoureux de ce garçon. Et vice versa ? Je ne sais. Nous nous plaisons. Il m'attire. Néanmoins son physique et sa chair comptent peu dans cette attirance. Car j'aime surtout les secrets qu'il me chuchote doucement.
Et ce jour là, nous avons laissé faire l'envie, flamme vive. Nous brûlions radieux et insoucieux. L'avenir dira si c'était un crime.
J'aurais pu ne pas mentionner ce fait, lisser les contours rugueux de réel, évacuer la vérité qui déplaît, ne sent pas la rose. Il suffisait d'un non-dit volontaire. Ouais. Une hypocrisie jolie, un tabou de bon goût. Édulcorer quoi. Du moins, cela m'aurait épargné une pluie de commentaires brutes comme une volée de bois verts.
Je n'ai pas l'habitude de baiser sans protection. Mes tentations suicidaires ne vont pas jusque là. Je connais la leçon : mettez-le, mettez-le lui. Contrairement à beaucoup, je trouve même très ludique ce moment où il faut dérouler le tube sur la hampe, en pinçant le réservoir, puis ajouter une dose de lubrifiant à base d'eau. Souvent je ris pendant ce temps, la verge roide, perverse.
Vivre ici-bas, c'est se dépêtrer dans le caca jusqu'au cou.
Note du rédacteur : combien portent une capote sur leur bite, chaque fois qu'ils se font tailler une pipe par une bouche inconnue ?
Maintenant embrasse ta maman, bonne nuit aux enfants sages, et que le petit Jésus les garde de la crotte.
"Le kitsch est la négation absolue de la merde." (Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être.)
11 octobre 2006
Exilé par ici
Mes vêtements sont toujours moins confortables que ceux des autres.
Dans un monde parfait, je n'existerais pas.
Maxime et moi franchissons une ligne de partage. C'est-à-dire que nous allons sans paroi de latex entre nos frontières. Confiance, et irresponsabilité mutuelle.
On ne décide pas d'être aimé, de qui, comment. On choisit de tomber amoureux, ou pas.
Or il y a que Maxime et moi acceptons de recevoir l'un de l'autre. Cet échange de bons procédés dépend de nous. L'union qui nous lie oscille entre Narcisse et Cupidon... Cependant que l'amour reste un empire au delà de nos portées respectives. Dommages collatéraux.
En clair : je ne préfère pas Maxime, je joue avec lui comme partenaire par goût du jeu avec lui.
En se passant de préservatif, nos parties de jambes en l'air ont pris une tournure dangereuse. Je ne veux pas mourir du Sida. Ah si seulement la vie était une citadelle, une sinécure...
"des scénarios de détournement d'avion de prise d'otages de gaz toxiques dans le métro ont été testés mais le risque zéro ça n'existe pas (il y a seulement huit mille ans le Sahara était couvert de lacs et de prairies)" (Patrick Bouvet, In situ.)
10 octobre 2006
Lola-Lola
J'avais 16 ans. Je voulais un chat depuis longtemps. "Sentimentalité de bonne femme" jugeait mon père. Mais j'intriguais auprès de ma mère qui finit par céder lorsque celui-ci quitta le domicile conjugal. Et ce fut une chatte, le poil noir, les yeux verts. Lola-Lola. Je lui avais donné ce nom à cause de Marlène Dietrich dans L'ange bleu. Parce que les vamps de cinéma, les félins et les folles prennent naturellement la pose. Moi je rêvais déjà la caresse des hommes, sur mon échine souple.
Hier matin, le vétérinaire lui administra une piqûre létale. Cancer en phase terminale.
"Quelle nouvelle ? - Le petit chat est mort. - C'est dommage ; mais quoi ? Nous sommes tous mortels, et chacun pour soi." (Molière, L'école des femmes, Acte II, scène 5.)