01 décembre 2006
Dans un bordel parisien
Délicat de dire quelque chose, après le plaisir physique, quand on s'est suivi sans se parler. Dans une Backroom, on improvise pas le dialogue des Amants de Louis Malle, on dit des banalités, on évite les questions, les mots d'amour seraient incongrus. Du reste post coïtum, j'ai envie de dormir, j'ai envie d'une cigarette, pas de faire la conversation (ce dont Maxime ne s'est jamais aperçu).
"Tu es mignon, tout à fait le genre de garçon que j'aime prendre, petit, mince, imberbe" affirme Benjamin, le préservatif qui nous reliait encore pendu entre les cuisses. Avec ses yeux bleus, avec sa barbe blonde, le teint pâle, il a un air de Karim. Dès que je l'ai vu, il m'a plu, et lui aussi. C'est ça qui est fort, cette échange de regards où s'exprime le désir, en silence. Car d'ordinaire je compte sur mes neurones pour paraître sexy, mon pauvre cul au naturel suffisant rarement à séduire les hommes. Le salon XVIIIème versus le lupanar antique. Je n'ai pas choisi d'être un intello.
Lorsque je le suce sa bite très épaisse obture ma bouche grande ouverte. Je pense à ne pas oublier que j'ai des dents. Il agit patiemment en me pénétrant, mais son machin ne passe pas, j'ai mal. Nous changeons de position, je finis par m'asseoir dessus, et alors nos corps ainsi réunis forment une heureuse combinaison. Benjamin jute assez vite, vélocité que j'apprécie beaucoup parce qu'elle témoigne de l'excitation dont je suis la cause. Sa semence visqueuse panse les plaies de mon estime amochée, de même que l'anulingus qu'il me prodigua (caresse toujours ignorée par Maxime). Et point de verbiage.
"Je me vautre dans les tavernes et les bordels de Beyrouth. Je ne pouvais pas rester à Alexandrie..." (Constantin Cavafy, Dans les tavernes.)
Commentaires
Bordel !
C'est curieux, ces mots: backroom, bordel... m'évoquent soudain un univers de vieille noblesse décadente. Le mot est beau, teinté de nostalgie.
J'ai l'impression qu'aujourd'hui, on n'entend plus guère que des vieux poètes ou artistes se souvenant de ces lieux de plaisir. C'est peut-être parce que leur plume ou leur art rend tout beau que le bordel est noble dans mon esprit (pas seulement dans mon esprit d'ailleurs).
Je n'ai jamais l'idée d'évoquer le mot bordel pour les lieux que je féquente. Lieux de débauche: c'est pas moi qui le dit mais j'aime beaucoup. Ca a beaucoup plus de cachet que lieux de plaisir, trop japonisant: on voit d'emblée une geisha verser du thé ou un chan à la nuque bien rasée comme dans les romans de Mishima. J'aime bien le kitsch de club. Mais bordel ! (Putain bordel !) Si j'avais à la bouche le mot bordel en entrant dans un lieu de débauche, j'aurais le sentiment de contribuer à la patine de mon temps, à cette petite pélicule noircissante qui atteste auprès des générations futures d'une certaine authenticité. (Pour autant que les poètes soient de neutres vecteurs de transmission...)
Même par la négative, tu en viens encore à trouver dans les bras des autres le goût des étreintes avec lui... Il y a ça pour toi qui te va bien :
- I have had luck
- Daughter, said the Hermit, I have now lived a hundred and nine winter in this world and have never yet met any such thing as Luck
The Horse and his boy CS Lewis
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