C'est moi qui... Ce sont les autres qui ne pas...

Cinq minutes avant le grand amour... Rien.

29 décembre 2006

Gribouillages et éclaboussures

Noël oblige, il a bien fallu rendre visite à ma parentèle. Et tenir l'emploi de gentil rejeton. Auprès d'eux je n'ai pas de sexe, je suis le fils de la famille. Ils me sucent le sang et la moelle jusqu'à épuisement.
Entortillé dans un plaid, chez maman, je lisais des livres, en fumant des cigarettes, pour combler les heures. Au restaurant avec papa, je lui posais des questions, afin de meubler le silence. Ma soeur et son copain emménagent ensemble. J'assiste à une messe de minuit. Et caetera.
Pendant ce temps... Mon pénis rabougri rêve d'éclaboussures.

J'ai toujours un garçon dans le collimateur. Ou devrais-je dire dans le rétroviseur ? En tout cas en vue, et qui me fait souffrir. Plus ou moins.
J'ai aimé une tripoté de jean-foutre qui n'en avaient cure. Là dessus je brode des gribouillages. Les prénoms se succèdent, se chevauchent sur la toile. J'écris des textes ramassés, peu prolixes. Je pisse ma copie concise. Je passe, cavale et gambade. On ne me remarque pas. Mais j'existe quand même.
Ma vie est une fiction permanente et perpétuelle. Une histoire que je raconte. Mes dix doigts vaquent à leur occupation terrestre.

"Je ne peins pas l'être. Je peins le passage." (Montaigne, Les essais, III, 2.) 

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13 décembre 2006

Vague à l'âme

Benjamin n'a pas donné suite, mais j'ai croisé dans le métro Karim, son double hétéro, avec des cheveux sur la tête.
Un coup du sort, un coup d'un soir, épée dans l'eau.
Entre débauche amoureuse et licence platonique, j'ai perdu l'équilibre. Plouf !
Les yeux bleus, les yeux verts, qui bordent mon calvaire, ont tous un coeur de pierre.

Il faudrait pouvoir baiser avec ses amis, ce serait une solution à ma déconvenue, puisque j'ai des tas d'amis. Nous ferions des bébés. Chacun d'eux aurait en bandoulière, le prénom que portait un de nos anciens chagrins.
Or la pudeur nous retient d'aimer comme il se doit ceux que nous aimons d'amitié...

Je peux faire des miracles avec mes organes génitaux, ma cervelle d'idiot, mon souffle vital. Tout le monde s'en fout, moi seul je crois au prodige.
Il viendra mon Lazare, mon Saint Jean préféré, mon futur bien-aimé. Et l'avenir sera beau.
Tiens-toi prêt quand même à boire la tasse, baby.

(J'ai mal au crâne, je me sens moche. Vague à l'âme.)

"ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d'Espagne, / Arrive dans mes yeux qui seront morts demain. / Arrive, ouvre ma porte, appporte-moi ta main, / Mène-moi loin d'ici battre notre campagne." (Jean Genet, Le condamné à mort.)

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07 décembre 2006

Renaître

Dimanche, Benjamin m'invite à un thé dansant. Nous nous amusons sur de la musique rock. Après, je lui propose de venir chez moi passer la nuit. Il refuse. Déjà mardi soir il avait préféré faire ses courses et sa comptabilité plutôt que de me voir... Excuses qui vexèrent ma susceptibilité.
Nous échangeons un simple baiser sur la bouche, à mon arrivée, à mon départ.
Il ne fume pas, et je crains que mon effluve pot de tabac ne le rebute. J'ai peur d'être trop pressant aussi, avide comme une nuée de sauterelles affamées.
Le hasard a mis ce garçon sur ma route. Benjamin n'est qu'un cadre où viennent cristalliser mes projections. Et encore un monde possible que je ne connais pas. Il m'a donné du bien-être et du courage. Vais-je perdre pied dans son regard bleu piscine ? Est-ce que coucher ensemble une fois a fait de nous des intimes ? Sera-t-il un accident de parcours, une nouvelle épreuve de patience, une bête à chagrin pour ma pomme ? Attendre combien de temps encore ?
Je mène ma barque à la dérive. Je veux une autre vie que celle-ci flasque que je traîne, une autre vie avec des certitudes sur lesquelles s'appuyer.
Cet insidieux besoin de renaître, voilà qui ne change pas de mes vieilles lunes.
Je retiens le timbre de sa voix et son rire qui sont réels et clairs, parce que je suis né pour sentir. Au commencement, il y avait deux corps nus l'un pour l'autre, précipités, balbutiant avec les mains. Je recommencerais volontiers. Si le gars en face ne se débine pas.

"Le moindre regard posé sur un étranger était une question muette : "Est-ce toi l'étranger qui vas me sauver ?" Assoiffé de tendresse, terrifié par la solitude, j'en arrivais à me demander si le sexe n'était pas au fond qu'un prétexte pour plonger son regard dans les yeux d'un autre être humain." (Douglas Coupland, Génération X.)

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01 décembre 2006

Dans un bordel parisien

Délicat de dire quelque chose, après le plaisir physique, quand on s'est suivi sans se parler. Dans une Backroom, on improvise pas le dialogue des Amants de Louis Malle, on dit des banalités, on évite les questions, les mots d'amour seraient incongrus. Du reste post coïtum, j'ai envie de dormir, j'ai envie d'une cigarette, pas de faire la conversation (ce dont Maxime ne s'est jamais aperçu).
"Tu es mignon, tout à fait le genre de garçon que j'aime prendre, petit, mince, imberbe" affirme Benjamin, le préservatif qui nous reliait encore pendu entre les cuisses. Avec ses yeux bleus, avec sa barbe blonde, le teint pâle, il a un air de Karim. Dès que je l'ai vu, il m'a plu, et lui aussi. C'est ça qui est fort, cette échange de regards où s'exprime le désir, en silence. Car d'ordinaire je compte sur mes neurones pour paraître sexy, mon pauvre cul au naturel suffisant rarement à séduire les hommes. Le salon XVIIIème versus le lupanar antique. Je n'ai pas choisi d'être un intello.
Lorsque je le suce sa bite très épaisse obture ma bouche grande ouverte. Je pense à ne pas oublier que j'ai des dents. Il agit patiemment en me pénétrant, mais son machin ne passe pas, j'ai mal. Nous changeons de position, je finis par m'asseoir dessus, et alors nos corps ainsi réunis forment une heureuse combinaison. Benjamin jute assez vite, vélocité que j'apprécie beaucoup parce qu'elle témoigne de l'excitation dont je suis la cause. Sa semence visqueuse panse les plaies de mon estime amochée, de même que l'anulingus qu'il me prodigua (caresse toujours ignorée par Maxime). Et point de verbiage.

"Je me vautre dans les tavernes et les bordels de Beyrouth. Je ne pouvais pas rester à Alexandrie..." (Constantin Cavafy, Dans les tavernes.) 

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