19 juillet 2006
Le bal est ouvert
Je viens de passer 30 ans. Au jour J j'avais réuni mes intimes, les fidèles seulement étaient là, autour de moi.
Je n'aime pas vieillir mais le plus pénible à surmonter reste l'anniversaire lui-même. J'ai particulièrement besoin d'être entouré à cette date, car alors me reviennent en mémoire toutes les colères paternelles, les injures faites à mon enfance, les querelles familiales... Avec le cadavre jaune du grand-père qu'on enterra pour mes 18 ans.
Donc, j'ai bu pas mal de bulles ce jeudi 13 juillet 2006, et trinqué en bonne compagnie, et dansé dans leurs bras. J'avais des choses sur le coeur.
30 ans que je traîne mon barda par ici. Déjà les jambes lourdes (encore que je sois mieux dans ma carcasse maintenant qu'autrefois). Le souffle court aussi (soit deux reprises pour éteindre les bougies du gâteau). Pas d'amour, peu d'amants (aucun depuis un mois).
J'entends dire par certains amis trentenaires que c'est l'âge du renouveau, l'occasion d'une nouvelle fondation. Super, le bal est ouvert !
Il me faudra cependant user d'artifices (camoufler les cernes des lendemains et surlendemains de fêtes, avec badigeons de crème spéciale contour des yeux).
J'ai 30 ans, et des impedimenta. Je ne regrette pas le chemin parcouru, je demande juste que la sente s'élargisse, l'espace d'un côte-à-côte main dans la main, peau contre peau.
Je veux la rumba, le tango et le slow.
"Cette nuit là, j'ai placardé sur la porte cochère une invitation à ceux qui passent, j'ai acheté de l'alcool, j'ai tout illuminé, j'ai mis la musique à tue-tête qui résonne dans la rue, j'ai ouvert toutes les portes, les fenêtres, allumé sous le porche comme pour un bal." (Emmanuel Adely, Les cintres.)
04 juillet 2006
Quand vient l'été
Je ressens une certaine tristesse, confuse comme de la nostalgie, le regret d'un monde inderterminé. Sans doute est-ce les nerfs... J'ai soif de bien-être, de douceur de vivre, et il fait très chaud, mes pores transpirent trop.
L'implacable saison du mois de juillet !
Un compagnon qui m'épaule serait bienvenu, bienfaisant, une eau claire qui désaltère.
Le champ de vision, le mien, effleure à peine les silhouettes qu'il croise. Des poussées d'hormones quelques fois, des envies de sexe, naissent de ces frôlements troubles, puis je ne sais plus si cela vaut la peine. Le soleil me plombe. Je vois flou.
Dans mon musée imaginaire, les corps allongés d'un tableau du Greco copulent avec les obèses de Botero, les nains de Vélasquez... Et leur essaim donne à mater une cacophonie.
Ma prunelle myope de naissance regarde en gros, ne distingue pas les contours, se cogne au moindre bout de chair masculine. Mais quand vient l'été, reluquer les mollets sous les shorts, les pieds dans les tongs, les bras dénudés, m'aveugle tout à fait.
Le voyeur est un voyant ébloui. L'érotomanie, une espèce d'insolation.
Je suis un mystique livré à la pesanteur. Patatras.
"La grande douleur de la vie humaine c'est que regarder et manger soient deux opérations diffèrentes." (Simone Weil, Attente de Dieu.)
02 juillet 2006
Idiosyncrasie
Hier soir, je couvre les hurlements hystériques de ces messieurs, avec le chant de Maria Callas. En 1998, je résistais en écoutant très fort le Requiem de Fauré.
Je ne collaborerai pas à leur tapage. Ils ne m'auront pas avec leur histoire de balle au pied. (Ou de cotisation retraite, d'assurance vie, de séjour club, de grille de loto, et j'en passe.)
Quand comprendront-ils que le foot c'est de la merde ? Que l'énergie qu'ils gaspillent à regarder un match, ils ne la mettent pas à se révolter, ou à baiser... Il y aurait tant à faire pourtant.
"J'avais été en classe ce matin là. Que s'était-il passé ? Rien, peut-être... Alors pourquoi tout à coup me décomposais-je et, tombant entre les bras de maman, sanglotant, convulsé, sentis-je cette angoisse inexprimable, la même exactement que lors de la mort de mon petit cousin ? (...) J'étais moins triste qu'épouvanté ; mais comment expliquer cela à ma mère qui ne distinguait, à travers mes sanglots, que ces confuses paroles que je répétais avec désespoir :
"Je ne suis pas pareil aux autres ! Je ne suis pas pareil aux autres !" (André Gide, Si le grain ne meurt.)
01 juillet 2006
Post Scriptum
Nous avions monté un chapiteau de cirque au milieu du paysage. La fête dura toute la nuit. Au petit jour, les garçons buvaient du champagne au le goulot, comme on fait avec de la bière. Les filles ondulaient, se touchaient l'une l'autre, sur la piste de danse. Ce mariage était aussi une boum réussie. Mémorable.
Jusqu'aux éléments qui le lendemain se déchaînèrent : une pluie de grêle, un orage, de la foudre, la courbe d'un arc-en-ciel au dessus des montagnes, et la brume montant peu à peu.
Pendant la cérémonie sous les cerisiers j'ai ri, et j'ai pleuré... Moi qui ne pleure jamais. Débordé, transporté. Heureux, très heureux.
Depuis, tels les ballons gavés d'hélium que nous lâchâmes alors, roses fuchsia dans le bleu du ciel, je flotte encore là-haut, par delà, là-bas.
"Aimer est une grande et immodeste exigence envers l'individu, c'est une chose qui le choisit et l'appelle vers le vaste." (Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.)