29 mai 2006
Des garçons du Web
Ils ont l'air l'heureux sur les photos, avantageux. Ils posent au bord de la mer, à la campagne, chez eux... Beaucoup sont nus ou à demi-nus. Certains ne montrent qu'un morceau de chair, le visage caché, flouté exprès, exhibant au contraire leurs parties génitales. De là il faut imaginer leur anatomie en 3D. J'aime aussi recomposer leur décor, à partir d'un détail de l'arrière plan, chambre, séjour, salle de bain le plus souvent. Parfois ils affichent leurs icônes, chanteuses pop, fashion designers, bellâtres, animaux domestiques et écrivains pointues se côtoient. En quelques mots, ils annoncent la couleur de leurs envies qui vont de la bluette aux fantasmes extrêmes, et cette présentation, quoique brève, en dit long sur eux. Le choix du pseudonyme par exemple.
Sur le profil de Jérôme il y avait écrit : "à l'aide" suivi d'une kyrielle de points d'exclamation, et dans les catégories défauts et qualités, la même réponse se répétait : "dingue". (Je ne le contacte plus désormais, lorsque je vois qu'il s'est connecté...)
Je me souviens d'un qui avait mis ceci de drôle : "je fais ma vaisselle avec du Cif !" Mais l'humour reste exceptionnelle, la plupart sont comiques malgré eux.
J'ai passé ce week end à errer dans le cyber espace.
J'ai longtemps discuté avec un garçon "en couple pas très libre" qui m'offrait son amitié, tandis que je le draguais ouvertement.
J'ai été chez Jean, un professionnel du shiatsu officiant sur le réseau gay, pour qu'il me masse le corps.
J'ai pris des nouvelles d'anciennes connaissances virtuelles.
J'ai noué des relations aux quatre coins de Paris.
Je n'ai trouvé personne qui souhaitait coucher avec moi.
J'ai rencontré Sébastien, très séduisant, et intelligent, autour d'un verre à la terrasse d'un café du Marais.
J'ai fumé devant l'écran à en avoir mal aux poumons et aux yeux.
J'ai rêvé plusieurs amours.
J'ai tué le temps qui ne mérite pas mieux.
J'ai chômé, comme le reste de la semaine, quasi... Parce que vivre, avoir des amis, une actualité sexuelle et sentimentale, voir le monde, l'art des musées, expérimenter des bidules, lire, écrire ne me laissent pas le loisir de travailler.
"Méfiant quant à la nature du réel qu'on l'obligeait à parcourir, il défendait l'intégrité de ses espaces oniriques en y plaçant des pièges destinés aux indésirables, des glus métaphysiques, des nasses." (Antoine Volodine, Des anges mineurs.)
23 mai 2006
Les yeux d'autrui
Un autre. Il s'appelle Jérôme aussi, et habite à deux pas de chez Maxime... Hasard et coïncidence qui évoquent un mauvais scénario de film (cf. Claude Lelouch). L'intrigue se passe dans un appartement du XVIème arrondissement de Paris, avec moulures au plafond et crucifix au dessus du lit. Un homme blanc de 34 ans me déshabille lentement, m'embrasse, me caresse partout. Il me complimente sur la douceur de ma peau, sur la plastique de mon derrière et de mon érection. Le temps d'un après-midi pluvieux, un autre me donne du plaisir.
Ne vivant plus que d'eau fraîche, mon corps a beaucoup maigri ces temps-ci. L'odeur des cigarettes blondes que je fume par paquet, et le renfermé du placard, imprègne mes vêtements. J'ai si honte de moi que je n'ose regarder personne dans les transports en commun. Je ne suis pas toujours capable de lire dans les yeux d'autrui autre chose que le dégoût de ma propre laideur.
Pauline en pleurs me téléphone en direct de Marrakech. Mais comment sécher ses larmes à distance ?
Maxime copule toujours les paupières closes avec moi. Il n'est pas si irrésistible que je ne puisse me passer de lui.
J'ai cessé d'aller voir un psy pour des raisons obscures. En mettant fin à ces séances du mercredi, jour des enfants, je voulais prouver mon autonomie d'adulte. Depuis lors c'est tout seul que je m'écoute vieillir allongé. Pas tout à fait pourtant, puisqu'il y a ceux qui me lisent, que je connais ou qui sont étrangers. Pour vos esgourdes rien que, et les miennes, donc.
"Accueillir Autrui, c'est mettre ma liberté en question." (Emmanuel Lévinas, Totalité et infini.)
17 mai 2006
Complications
Quand je me suis brûlé avec le fer à repasser, ça a fait une cloque, maintenant résorbée en cicatrice, sur le dessus de la main. Un moment d'inattention, je pensais à autre chose, accident domestique. Et Maxime n'aura rien vu de cette blessure qui marquait ma peau, puisque depuis une semaine il n'a pas reparu dans les parages.
Je ne sais pas pourquoi il fuit, mais comment.
Pollyanna, elle dit : "C'est ta came ce garçon." Elle a raison. Parce que je me lie toujours avec des mecs instables, lunatiques, un peu fous, tels que lui. Parce que j'attends, je l'attends, je les attends, comme un drogué son dealer. Ces hommes là sont ma dose de stupéfiant.
Mon premier mouvement va vers le compliqué, je ne peux pas faire simple. Spontanément ma faveur penche du côté des confusions.
J'aime le rococo débordant des situations anarchiques, l'incongru des humeurs changeantes, le raffinement dans le lyrisme, le clair obscur des sentiments troubles, les plis du coeur, les drapés de l'âme... Jusqu'à l'insanité.
Maxime, Jérôme, et les autres. Sans répits.
Je fonce.
J'ai mal à ma brûlure.
"Le résultat global de nos amours reste incertain." (Jean-Michel, Maulpoix, Domaine public.)
08 mai 2006
Un crapaud, un lapin, et des escargots
Je me rase plus souvent, Maxime préfère : j'en déduis que je cherche à lui plaire. Je pense moins à Jérôme (quoique...). Maxime occupe le terrain vacant.
J'ai compté jusqu'à sept escargots dans la salle de bain, c'est dire si l'endroit où je vis est moisi. Je les chasse. Qu'aurait cru Thierry s'il les avait surpris en train de s'ébattre à pas lents ?
Tout va bien Madame la Marquise, très bien. Je suis docile avec les hommes qui me désirent. J'apprécie la concurrence car en d'autres temps j'ai beaucoup souffert de l'absence. Ils m'utilisent, je ne me leurre pas, moi-même je soigne avec eux mon orgueil malade... Et c'est parfois très beau.
J'ambitionne un grand amour, unique et partagé, qui ne vient pas. Individu lambda. Roméo et Roméo.
J'écoute Maxime me parler de lui, de ses amis, sa famille, je lis des passages nouveaux de son roman. Il ne pose aucune question sur ma vie, cela m'arrange, vu que je me sens tout à fait incapable de témoigner d'elle en ce moment. Notre histoire ressemble à la fable du chêne et du roseau... Je plie mais ne romps pas. Il mériterait pourtant que je le quitte. Aujourd'hui je subis un lapin à l'heure du déjeuner. Un jour je le planterai là, sur un coup de tête, et il ne comprendra pas.
J'ai vu grossir le fantôme de Jérôme sous ma plume... Ici même. Mot à mot. Tel le crapaud des contes de fées.
Thierry bande pour mes glissades. Il macule les draps blancs de taches brunes. Il reviendra dans mon bordel particulier, si je le veux.
Faire une lessive, du ménage et des courses. Aérer la yourte.
"Parfois tu crois sincèrement aux artifices supportant ta vie. Et puis VLAN. Bye-Bye." (Eric Arlix, Bye-Bye.)